« Le Tea Party? C’est des femmes qui se réunissent pour parler de livres. »

C’est cette fracassante révélation qui a titillé mon esprit si vif.

 

Étais-je passée à côté de la mondanité la plus hype du moment? Celle-là même dont tout Paris parle et que je devrais m’efforcer de ne pas ignorer, perdue dans les limbes de la France Profonde?

Évidemment pas, vous vous en doutiez! Dans mon milieu, l’art de prendre le thé est quasi-génétique.

 

Tout d’abord, il ne faut SURTOUT pas imiter les Américaines – vous ai-je déjà dit que j’avais vécu en Amérique? – qui sont la vulgarité incarnée, comme les ongles. Elles ont réussi à se mettre à dos le reste du monde avec leur club pseudo-chic de bobonnes. Il passe pour un mouvement de la droite ultra-radicale dans le moule autoritaire d’une autre époque, un mouvement de théoriciens de conspiration, de réactionnaires et d’anti-élitistes ou encore l’expression de la peur du déclin américain. Rien que ça!

J’imagine que pour en arriver à ce degré d’exaspération, les tasses devait être sales et le thé imbuvable!

 

Comment peut-on en arriver à faire passer un club de bridge pour un mouvement raciste financé par de grandes entreprises? Elles sont nulles!

Servir le thé dans mon milieu suit un cérémonial, certes moins rigoureux que son homologue japonais, mais qui impose des rites immuables, auxquels la maîtresse de maison a été initiée dès l’adolescence.

Il faut d’abord ébouillanter la théière puis ajouter dans l’eau frémissante (jamais bouillante car cela pourrait tuer les arômes et empêcher leur diffusion) une petite cuillerée de thé par tasse, plus une pour la théière. Après avoir laissé infuser trois à cinq minutes, il faut remuer et servir sur le lait froid, préalablement versé dans la tasse.

Le sucre est le dernier ingrédient ajouté. PRÉCISEZ BIEN A QUEL POINT C’EST MAUVAIS POUR LA SANTÉ (ce qui préservera la santé de vos convives autant que celle de vos finances)!!

Le thé peut se servir dans le boudoir ou le salon, chaque semaine et lors d’occasions spéciales, entre 16 et 18 h, selon les préférences de la maison. Il s’accompagne de  pâtisseries sèches, de biscuits, de scones, de fruits de saisons, de noix ou de sandwiches au concombre (beurk!).

La maîtresse de maison prépare le thé et tend la tasse au premier invité (je conseille vivement de servir les moins pavres en premier, la hiérarchisation est un art de tous les instants. Vous montrerez ainsi avec quelle finesse vous avez analysé la situation). 

L’hôtesse est tenue de resservir les invités tant qu’ils le désirent, sans comptabiliser le nombre de tasses consommées (c’est le point douloureux de cette cérémonie séculaire). L’invité doit attendre qu’on lui en offre à nouveau (c’est le point intéressant de cette cérémonie séculaire), sans réclamer car cela paraîtrait impoli (sales pauvres!).

La maîtresse de maison comprend qu’elle doit s’arrêter de servir lorsque l’invité retourne la tasse sur la soucoupe et qu’il y dépose par-dessus la cuillère en équilibre, sans s’en mettre partout.

Il est à noter que dresser la table pour le thé avec les tasses déjà retournées serait probablement un message un peu fort.

 
Tea Party
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