Je fus  faire mes courses à Carrouf.

En soi, rien d’extraordinaire, c’est mon lot au moins deux fois par semaine. A Carrouf ou chez Mam’ Leclerc, je ne suis pas super-sectaire de la sur-consommation.

Ce matin, youpitude et guilleretteness, je gambade agilement derrière mon chariot de feu tunné à mort avec un back-boot spécial lait-qui-te-bouffe-toute-la-place-si-que-tu-le-mets-avec-le-reste-des-courses.

Un petit bijou de technologie ménagère qu’on en pleurerait plus souvent si qu’on y pensait une fois le temps. Tant d’émotion me ravage le rayon…

J’étais à la recherche d’un récipient genre panier susceptible d’accueillir les gants, écharpes et autres bonnets des Héritiers, aussi nombreux que désordonnés. Joie et Félicité Célestes: je trouve.

Quand je vous dis que Dieu m’habite!

Je pose le panier rectangulaire et plat – genre 20 cm de haut – dans le fond de ma merveille à roulettes et je termine mes courses d’un pas vif et d’un air dégagé, car l’heure tourne et je déteste être en retard quand je vais chercher les Héritiers en classe.

Je caisse. Bizarrement, 4564336 personnes dans chaque file, sauf là.

Je saute avec euphorie sur l’occasion si belle! Trop belle?

Je dépose le panier plein sur le tapis roulant, toujours emplie d’une allégresse peu courante en ces temps tourmentés par le credit-crunch.

La caissière, qui est debout – ce détail a une certaine importance, vous allez le constater – sur ses petites cuisses squelettiques de tricheuse frigide même pas barjot, la caissière, donc, me parle.

Car, oui, la caissière est un être humain, et oui encore, elle est dotée de la parole. Mais si, comme Rabelais, on suppose que le rire est le propre de l’Homme, on peut alors émettre des réserves.

 » Va falloir vider ça! « 

Je regarde derrière moi. Personne. C’est donc bien à moi qu’elle s’adresse.

L’impudente imprudente. Attendrissante pauvresse, je te présenterai Nadine de Rothschild ♥ si tu es sage.

 » – Ne serait-il pas possible que vous preniez les articles directement dans le panier (20 cm de haut, je le rappelle ici, ndla)?

  – Ha ben nan, quand même, hein… « 

Diantre.

Le beau cas.

Elle existe donc et je l’ai rencontrée: je pensais que la caissière débile était une sorte de légende urbaine, qu’elles pouvaient être bêtes ou méchantes, mais pas les deux en même temps… J’ai encore tant à apprendre de la Vie (vit, c’est pas la même chose)!

Elle m’indique la direction dans laquelle répandre mes achats. Je les mets de l’autre côté. Elle passe mes articles à toute blinde, je range mes sacs à deux à l’heure. Elle finit par me demander si je suis l’heureuse titulaire d’une carte du magasin.

 » Oui, mais je pensais qu’il était trop compliqué de la scanner! « 

dis-je en lui tendant la précieuse pièce de plastique, avant d’ajouter:

 » Attention, elle est lourde! « 

Elle me demande ensuite quel mode de paiement j’ai choisi. La carte bancaire.

 » Mais si ça ne pose pas de problème d’organisation, je ne voudrais pas vous embêter… « 

Elle me jette un regard noir et me tend mon ticket de caisse que je lui arrache des mains avant de tourner les talons dans une parfaite imitation de l’outrage ultime infligé à la pureté tuant le dragon. Ou de Nadine de Rothschild ♥  faisant demi-tour au bas des marches de Cannes pour montrer son indignation résultant de sa non participation au jury officiel.

 

Je me sens si seule, au milieu des pauvres…

 
 
Caddy
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