• Chapitre 1 – La salle de bain du haut

Un matin estival, gai et parfumé, alors que je folâtrais sur Internet après un footing plein de canards morts et de tenues trendy, je réalisai brutalement la totale absence de bruit. Ce fait est fort inhabituel dans une maison pleine de rires z’et d’enfants.

Aussitôt, une incontrôlable angoisse, noire et dévorante emplit mon petit être fragile z’et tremblant. Quelle pouvait être la raison d’un tel silence? Que pouvait-il bien être advenu de mes Héritiers? Où la chair de ma chair était-elle passée?

Dans la salle de bain du premier étage!

En grimpant ventre à terre les escaliers, je perçus d’abord des murmures, puis des signaux sonores de plus en plus précis et descriptifs. Oui! Ils étaient bien dans la salle de bain!

Quel bonheur! Quelle joie! Et quel soulagement… Mon cœur battait la chamade, emballé par l’euphorie des retrouvailles prochaines. Dans la salle de bain! Encore un pas une foulée (ouf, j’étais toujours en tenue de sport!)!

HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!

Un enfant vert! Etorki avait discuté avec un feutre vert et consciencieusement exploré toutes les possibilités picturales de support et de forme. cette petite promet d’être Léonarde de Vinci. Mais verte.

Mais au fait… Il me semblait que la salle de bain était blanche, lors de l’épisode précédent… Pourquoi est-elle bleue?  J’attends vos suggestions.

Je suis restée coite jusqu’à l’instant où j’ai réalisé qu’à dix heures du matin (heure GMT +1) que cette douce effluve de menthe ne pouvait PAS provenir d’un mojito.

Ils ont repeint la salle de bain au dentifrice bleu. Les petits salopards.

J’a tout nettoyé, j’a changé les enfants et j’a couché Etorki, histoire d’avoir une terreur de moins pour me briser les arpions.

 

  • Chapitre 2 – La salle de bain du bas

Après avoir bien transpiré pendant mon footing et mon ménage de l’espace sanitaire du premier étage, je décidai d’épargner au reste du monde les effluves que je dégageais et allai prendre une douche.

Je priai Bain-Marie de prendre un livre de son choix, l’installai sur la carpette de la salle du bain du rez-de-chaussée, rassurée et guillerette, follement insouciance du danger qui rôde et persuadée que la douche ne pourrait être que délassante.

J’eau chaude, je mousse, je chante, je grattouille, bref, je douche. Je rince. Je ouverture de la porte dans un nuage de vapeur délicatement parfumée.

HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA!!!

Mon fils me hait, j’en suis désormais certaine. Il a vidé une bombe de mousse à raser. Avec application. Intégralement. Totalement. Farouchement. Primitivement. Sauvagement. Brutalement. Férocement.

Il s’est shampouiné à la mousse à raser. Puis s’est lissé le poil à l’aide de MA brosse à cheveux.

Il a lavé son linge à la mousse à raser. Puis s’est essuyé avec MA serviette de toilette.

Il a repeint la carpette à la mousse à raser. Puis y a déposé MA serviette de toilette.

Il a relooké le lavabo à la mousse à raser.

Il s’est essuyé les yeux à la mousse à raser. Puis il a hurlé.

N’écoutant que mon courage et mon abnégation, je l’ai saisi par le dessous des bras – encore glabre à cet âge tendre – et l’ai mis dans la douche tout habillé, ai rincé ses frusques, l’ai déshabillé, rincé et sermonné.

Je l’ai séché DANS la douche, rapport au manque cruel de carpette inhérent aux événements sus-mentionnés et l’ai embrassé: il a épargné son livre.

Cet enfant est amoureux de la littérature. C’est le futur Olympe de Gouges.

 
 
 
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