L’art de ne pas inviter les gens chez vous jeudi, Mai 8 2014 

Ma chère belle-sœur (puisque c’est ainsi que je me dois de te désigner), j’ai le grand honneur de vous convier à la Bar Mitzvah (en hébreu  בר מצוה) de Bain-Marie.

Voilà, c’est dit, c’est familial donc obligatoire, vous allez une fois de plus vous taper tout le boulot. Il va donc falloir ruser pour limiter les dégâts.

 

Première possibilité: signifier immédiatement que vous ne vous offusqueriez pas que votre belle-sœur ne vienne pas, après tout elle vit loin, à au moins… 4 km de chez vous.

« Vous êtes bien entendu conviés à la cérémonie, mais je comprendrais votre absence! »

Comme elle a le toupet d’avoir plus d’enfants que vous, elle devrait avoir le bon sens de comprendre que, si elle ne participe pas aux frais de bouche, sa venue représente une charge financière conséquente.

 

Deuxième possibilité: la douche écossaise. Elle se déroule en deux étapes et demande donc que l’on s’y prenne un peu en avance.

  • « Je suis ravie de vous recevoir à la maison! »  Vous laissez entendre que vous recevrez chez vous, Petite Fourbe! La belle-sœur, être sot par nature, va comprendre que vous allez l’accueillir et que gîte et couvert l’attendront. Vous mettrez tout en œuvre pour que, le cas échéant, ce soit effectivement comme ça que ça se passe.
  • « Ha mais attends, je ne suis pas certaine de pouvoir vous loger, j’ignore qui exactement sera à la maison ce jour-là (parents, grands-parents, huissier de justice, prof de fitness, etc…) » La belle-sœur va se rencarder sur les moyens locaux d’hébergement, mais comme elle a toujours autant d’enfants, elle sera financièrement contrainte à l’abandon. Et voilà! L’affaire est dans le sac! L’air de rien, vous avez mis cet événement à profit pour refaire votre maison du sol au plafond, en passant par les murs. Vous êtes de surcroit pleinement libre d’en profiter. La classe internationale, Nadine serait fière de vous!

Troisième possibilité: ne répondre qu’au dernier moment aux demandes de précisions, empêchant par là les nombreux autres de s’organiser et donc de venir.

 

Munis de toutes ces armes, vous devriez enfin vivre des fêtes familiales tranquilles, sans famille. Merci qui??

Recevoir

Publicités

Toi aussi joue avec un pauvre. mercredi, Avr 30 2014 

Vous souvenez-vous du film Le dîner de cons, de Francis Veber?

Tous les mercredis, Pierre Brochant et ses amis reçoivent des cons. Petits, gros, jeunes, grands… L’idée consiste à trouver la perle rare, le plus spectaculaire des spécimens. 

Voilà une façon intelligente de rapprocher les gens dont les origines sociales sont on ne peut plus éloignées! Le pauvre prouve par là son utilité et justifie la place qu’on lui accorde dans la société, puisqu’on peut être amené à se demander s’il sait faire autre chose qu’être un tire-au-flanc au chômage, n’est-ce pas?

Les gens bien montrent qu’ils sont capables d’humour et de générosité en invitant des étrangers à leur table et sauront pour une fois mettre leur modestie de côté.

Mon conseil Nadine de Rothschild ♥: attention toutefois de ne pas sombrer dans la condescendance, ce qui, je le rappelle avec fermeté (normal, je cours!), n’a rien à voir avec les enfants des pauvres.

 

Préparer sa soirée: faites place nette et lancez des invitations dès que vous en aurez le clou.

Recevoir des invités chez soi est une marque d’amitié et d’estime pour chacun d’entre-eux. Cela fera un effet bœuf à votre pauvre.

Il faut par conséquent que vous accompagniez vos convives tout le long de la soirée et ne pas vous éclipser toutes les deux minutes pour vérifier le rôti ou préparer le couvert (sauf que vous n’aurez pas le choix si c’est vous qui vous tapez tout le boulot, remember « Les agapes de Noël » ).

Il faut par conséquent tout organiser à l’avance, depuis les plats à présenter jusqu’au moindre détail. 

Ne négligez pas le cadre: votre pauvre pourrait être embarrassé par le faste dans lequel vous vivez car vous savez tenir votre rang.

Dès que le nombre d’invités dépasse la dizaine, mieux vaut faire appel à un traiteur et concocter avec lui le menu qui sera livré quelques heures avant la soirée. Voilà une chose qui échappe to-ta-le-ment aux pauvres, hahaha!

En attendant les retardataires – l’exactitude est la politesse des rois, mais « le quart d’heure » de retard est une mode dévastatrice – et pour ouvrir les festivités, un apéritif doit être servi.

Une demi flûte de champagne est appropriée mais à défaut, un punch pétillant suffira largement. Prévoyez de la bière, les pauvres en sont friands.

Des amuse-bouches légers seront mis à la disposition des invités mais en quantité limitée, sinon ils ne pourront plus faire honneur au dîner et tout cela finira par vous coûter un bras.

L’hôte portera un toast et prononcera un petit discours rappelant le motif de la soirée. A vous de la jouer fine et de vous fendre d’un laïus à double sens. L’apéritif ne doit pas s’étendre au-delà d’une demi-heure, sinon votre pauvre sera bourré et adieu soirée désopilante.

 

Comment choisir son pauvre?

Choisissez-le avenant et aimable, généreux et prompt à partager ce qui fait sa joie. Un enthousiaste « You made my day! » le fera bondir de bonheur, persuadé qu’il sera de vous avoir fait voyager dans l’Amérique chérie de votre enfance.

Tentez de trouver un quidam que ses congénères qualifient de bonne pâte.

Tout ceci devrait vous garantir que votre pauvre acceptera sans se poser de question votre charmante – quoiqu’intéressée! – invitation.

Veillez enfin à ce que cet être charmant à défaut d’être câblé possède une passion dévorante et spectaculaire.

Assurez vous également de son hygiène, vous pouvez être incommodés par le bruit et l’odeur.

Exemple: depuis juin 2013, Bryan Bednarek détient le record du monde d’applaudissements. Il a applaudit exactement 802 fois en une minute.

http://www.gentside.com/insolite/record-bryan-bednarek-l-039-homme-qui-applaudit-le-plus-vite-dans-le-monde_art51581.html

 

Voilà! J’espère que votre prochain festin sera divertissant. N’hésitez pas à me le raconter par le menu, évidemment. Les possibilités sont infinies.

 
 

Le Tea Party, la mondanité hype! vendredi, Jan 11 2013 

« Le Tea Party? C’est des femmes qui se réunissent pour parler de livres. »

C’est cette fracassante révélation qui a titillé mon esprit si vif.

 

Étais-je passée à côté de la mondanité la plus hype du moment? Celle-là même dont tout Paris parle et que je devrais m’efforcer de ne pas ignorer, perdue dans les limbes de la France Profonde?

Évidemment pas, vous vous en doutiez! Dans mon milieu, l’art de prendre le thé est quasi-génétique.

 

Tout d’abord, il ne faut SURTOUT pas imiter les Américaines – vous ai-je déjà dit que j’avais vécu en Amérique? – qui sont la vulgarité incarnée, comme les ongles. Elles ont réussi à se mettre à dos le reste du monde avec leur club pseudo-chic de bobonnes. Il passe pour un mouvement de la droite ultra-radicale dans le moule autoritaire d’une autre époque, un mouvement de théoriciens de conspiration, de réactionnaires et d’anti-élitistes ou encore l’expression de la peur du déclin américain. Rien que ça!

J’imagine que pour en arriver à ce degré d’exaspération, les tasses devait être sales et le thé imbuvable!

 

Comment peut-on en arriver à faire passer un club de bridge pour un mouvement raciste financé par de grandes entreprises? Elles sont nulles!

Servir le thé dans mon milieu suit un cérémonial, certes moins rigoureux que son homologue japonais, mais qui impose des rites immuables, auxquels la maîtresse de maison a été initiée dès l’adolescence.

Il faut d’abord ébouillanter la théière puis ajouter dans l’eau frémissante (jamais bouillante car cela pourrait tuer les arômes et empêcher leur diffusion) une petite cuillerée de thé par tasse, plus une pour la théière. Après avoir laissé infuser trois à cinq minutes, il faut remuer et servir sur le lait froid, préalablement versé dans la tasse.

Le sucre est le dernier ingrédient ajouté. PRÉCISEZ BIEN A QUEL POINT C’EST MAUVAIS POUR LA SANTÉ (ce qui préservera la santé de vos convives autant que celle de vos finances)!!

Le thé peut se servir dans le boudoir ou le salon, chaque semaine et lors d’occasions spéciales, entre 16 et 18 h, selon les préférences de la maison. Il s’accompagne de  pâtisseries sèches, de biscuits, de scones, de fruits de saisons, de noix ou de sandwiches au concombre (beurk!).

La maîtresse de maison prépare le thé et tend la tasse au premier invité (je conseille vivement de servir les moins pavres en premier, la hiérarchisation est un art de tous les instants. Vous montrerez ainsi avec quelle finesse vous avez analysé la situation). 

L’hôtesse est tenue de resservir les invités tant qu’ils le désirent, sans comptabiliser le nombre de tasses consommées (c’est le point douloureux de cette cérémonie séculaire). L’invité doit attendre qu’on lui en offre à nouveau (c’est le point intéressant de cette cérémonie séculaire), sans réclamer car cela paraîtrait impoli (sales pauvres!).

La maîtresse de maison comprend qu’elle doit s’arrêter de servir lorsque l’invité retourne la tasse sur la soucoupe et qu’il y dépose par-dessus la cuillère en équilibre, sans s’en mettre partout.

Il est à noter que dresser la table pour le thé avec les tasses déjà retournées serait probablement un message un peu fort.

 
Tea Party

Les agapes de Noël mardi, Jan 1 2013 

Peut-on seulement envisager que je sois Crésus?? Voici une manière de mode d’emploi pour ne pas se colleter sa famille lors des fêtes de fin d’année. Je sais, vous allez me trouver bien cruelle de ne pas avoir rendu ça public AVANT les-dites fêtes de fin d’année! Mais j’avais autre chose à faire, figurez-vous, dans la mesure où ma famille est aussi insupportable que nombreuse…

ÉTAPE 1 – Accueillir les convives: quittez votre cuisine un court instant, de façon à faire comprendre aux intrus qu’ils gênent et que vous êtes très occupée, VOUS. Dites bonjour pour les écraser de votre indiscutable supériorité. Profitez-en pour regarder discrètement la marque de leurs vêtements sur les étiquettes du cou pendant que vous les embrassez (pouah). S’ils ont le dessein avoué de vous humilier en plus du reste, ils seront probablement porteurs d’un menu présent, voire d’une partie du repas. Refusez catégoriquement qu’une bûche glacée pénètre dans votre congélateur, il n’y a pas de place. Il vous est déjà compliqué de trouver de la place pour vos productions, ces malotrus doivent se débrouiller seuls. Et puis ils doivent comprendre que vous êtes très occupée, VOUS. Tas de larves, na! Retournez dans votre cuisine.

ÉTAPE 2 – L’apéritif: quittez votre cuisine un court instant, de façon à faire comprendre aux intrus qu’ils gênent et que vous êtes très occupée, VOUS. Trempez vos lèvres dans votre verre sans vous asseoir, toujours parée de votre tablier. Dites que vous êtes très angoissée par votre situation financière à cause des cadeaux de Noël et demandez si leur foie gras est vraiment fait-maison. Dirigez-vous vers la porte à reculons, pour faire comprendre que vous êtes très occupée, VOUS. Retournez dans votre cuisine.

ÉTAPE 3 – Le déjeuner de fête: quittez votre cuisine un court instant, de façon à faire comprendre aux intrus qu’ils gênent et que vous êtes très occupée, VOUS. Sortez une pile d’assiettes avec fracas. Les convives doivent comprendre que vous vous êtes levée à l’aube, contrairement à eux. Mettre le couvert vous a donc été impossible, et ils peuvent bien participer un peu… Retournez à vos fourneaux jusqu’à inspection possible des travaux finis. Faites tout refaire, on dirait une table de pauvres. Aucune éducation! Étonnez-vous que personne n’ait pensé au pain.

  • Plan de table: soyez simple, après tout, c’est la famille, ils ont les mêmes bases que vous. Laissez le choix de sa place à chacun, en vous réservant la chaise la plus pratique pour retourner en cuisine. Lorsque tout le monde est assis, déclarez que ça ne va pas et indiquez qui doit se mettre à quel endroit. Retournez dans votre cuisine.
  • Entrée: c’est vraiment toi qui a fait ce foie gras? Délicieux, mais il manque de sel. Je ne le fais pas comme toi, c’est si simple de ne pas rater ce genre de chose! Je retourne à la cuisine!
  • Plat principal: cette année, nous sommes nombreux, j’ai donc fait efficace: poulet rôti! Au Super Y d’en face, si tu achètes 22 kg de poulet, tu gagnes une barquette! Et si tu prends en même temps 16 kg de purée en flocons, ils t’offrent les sacs en plastique! A croire qu’ils savaient que vous veniez, HAHAHAHA!
  • Fromage et salade: j’ai pensé que le fromage serait en trop, on mange tellement à cette période de l’année! Quelqu’un veut de la salade? Pour 4 laitues achetées, une endive rouge supplémentaire!
  • Dessert: j’ai pris des mandarines pour les enfants et il y a votre bûche pour nous. C’est un peu juste pour dix personnes, mais bon, c’est ça, la famille! Non, merci, pas pour moi, je n’aime que la crème au beurre, tu sais bien…

Commencez à débarrasser la table dès que la bûche est servie. Rincez les plats de services à grand bruit et à grande eau: votre lave-vaisselle chèrement acquis étant gourmand en poudre récurante. Criez depuis la cuisine que vous n’avez pas besoin d’aide. Un silence devrait suivre votre déclaration, signe que les intrus commencent à comprendre que vous êtes très occupée, VOUS.

Restez dans la cuisine pour vérifier qu’ils rangent correctement.

ÉTAPE 4 – Enfin tranquilles: quittez votre cuisine un court instant, de façon à faire comprendre aux intrus qu’ils gênent et que vous êtes très occupée, VOUS. Enfin, seulement s’ils ont passé leurs manteaux. Dites que l’année prochaine, ce serait bien que ce ne soient pas les mêmes qui se tapent tout le boulot et faites remarquer que vous avez copieusement gâté chacun de vos neveux, en dépit de votre situation financière précaire. Souhaitez à tous une excellente nouvelle année et surtout un bon et prompt retour.

Refilez leur les rogatons qui ne vous disent rien, du style mini-cakes au surimi, les poire-roquefort seront intégralement pour vous. Après tout, personne ne prendra mieux soin de vous que vous! Ne comptez pas sur les pique-assiettes, leur avarice frise le ridicule.

Essuyez-vous les mains sur votre tablier et retournez le ranger à la cuisine.

 

PN bourré